Source : L’Auvergnat de Paris du 10 avril 2014 14 avril 2014

Yvan Raphanel, installateur de cuisine et inoxier, un adhérant de la Chaîne des Dômes
Cet Auvergnat, natif de Riom, dans le Puy-de-Dôme, a longtemps dirigé FREGA, une société d’installation de grandes cuisines qu’il a lui-même créée, en 1973. Mais pendant 20 ans, il a du ferrailler en justice pour défendre et sauver son entreprise, enserrée dans un étau bancaire. Son histoire ressemble à celle de beaucoup de petits entrepreneurs, broyés en pleine santé, par l’aveuglement du système financier.

Depuis près de vingt ans, Yvan Raphanel a entamé un bras de fer avec les banques. Son histoire en dit long sur la dépendance au crédit des PME. Après avoir été poussé avec son entreprise Frega au bord du gouffre, cet Auvergnat s’est rebellé contre ces organismes financiers tentaculaires qui broient nombre de petits entrepreneurs. Il a refusé la fatalité de cet engrenage et pied à pied, il a obtenu gain de cause en justice. La bataille n’est pas tout à fait terminée, mais après la bagatelle de 125 décisions de justice, il a déjà obtenu l’essentiel : la sauvegarde de sa société et de ses biens personnels.

Ceux qui le connaissent bien ne s’étonnent pas de sa farouche résistance. Ce natif de Riom a le caractère bien trempé et son entêtement n’a rien à envier à celui des Bretons. Pour évoquer son obstination, il cite la phrase que Florence Cassez a prononcée à la sortie de sa prison mexicaine : « J’ai résisté parce que je savais que j’avais raison. »

Cet installateur de cuisine est une figure en région parisienne. Son père travaillait déjà dans le secteur de la restauration comme représentant en porcelaine. Yvan a d’abord suivi cette voie. Mais ce négoce traditionnel ne convenait guère à ce dynamique vendeur. Sa petite amie de l’époque qui est devenue depuis lors son épouse, est la fille d’un commercial ,Denis Fluchaire de l’équipe Hobart .La filiale française de l’équipementier américain est alors en plein développement et apporte alors à la restauration des solutions nouvelles. En 1967, grâce à l’appui de son beau-père Yvan Raphanel est accueilli dans la dream team commerciale et prend la responsabilité d’un secteur dans l’ouest de la France. Deux ans plus tard, il intègre la région parisienne où ses dons de vendeur font merveille. Fin 1972, il obtient le titre de meilleur vendeur de la société. Cette récompense l’a tellement stimulé que quelques mois plus tard, il quitte Hobart pour se mettre à son compte en créant une petite société d’installation basée sur le service après vente qu’il pratique lui même. En ce début des années 1970, le SAV des équipementiers est souvent défaillant. Il faut parfois patienter 6 mois pour un dépannage.

Les belles années de la grande cuisine

En créant Frega, il est la fois installateur et dépanneur et revend entre autre le matériel de son ancien employeur avec lequel il est resté en bons termes. « Les équipements de l’époque étant électro-mécaniques, il était facile des les dépanner, raconte-t-il. Je me suis attaché une clientèle grâce a ces dépannages rapides et gratuits pour la main d’œuvre. Le bénéfice résultant de ce service était la prise de commande de matériel neuf sans concurrence. »

Très vite, il va s’attacher la clientèle de restaurateurs parisiens pour qui la notion de confiance dans le SAV est primordiale et en 1975, sa société prend un nouvel essor. Il est été mis en relation avec Claude Terrail, propriétaire de la Tour d’Argent, qui consulte des sociétés pour réaménager les cuisines de son restaurant. Yvan Raphanel et sa petite société font figure d’outsider face aux grands installateurs parisiens. Mais le jeune entrepreneur met toute son énergie sur le marché et s’allie à cette occasion au fabricant de fourneaux Rorgue. C’est finalement lui qui va être choisi. Lors d’un rendez-vous, Claude Terrail lui confie : « J’ai un problème, mon chef est pour Bergerand, mon architecte est pour Labesse et moi je suis pour vous, comme c’est moi qui paie , je vous confie l’installation de ma cuisine. »

Grâce à ce marché, à 31 ans, Yvan Raphanel entre dans la cour des installateurs qui comptent dans la capitale. La presse commence à parler de lui et, en cuisine, le bouche à oreille fonctionne mieux que le téléphone. Yvan Raphanel va enchainer en réalisant une partie du Congrés Porte Maillot pour Gérard Joulie, l’Européen sous la direction du décorateur Slavik. Puis c’est au tour d’Henri Faugeron, (2* étoiles Michelin à l’époque) de lui confier l’installation de sa cuisine, rue de Longchamp. Le chef deviendra par la suite un de ses grands amis.

Il va enchaîner en équipant l’élite de la cuisine parisienne des années quatre vingt : Gérard Vié, Gérard Besson, l’hôtel Plaza Athénée, l’hôtel George V, Le Ritz où officie Guy Legay originaire du Puy de Dôme.

Durant ces belles années de la grande cuisine, Frega grandit. Yvan Raphanel reconnaît qu’il gagnait bien sa vie à l’époque. Ce passionné de cyclisme et coureur amateur, a même pu participer au financement de l’équipe cycliste Eurotel durant une saison. Si l’équipe n’a pas brillé comme il l’espérait, elle a tout de même obtenu une victoire d’étape dans le tour de la Sarthe et il a eu la satisfaction de voir le leader, Franck Morelle, rejoindre par la suite la formation de la FDJ.

Le problème financier passager

Mais en ce début des années quatre vingt dix, les problèmes guettent Frega. Le marché se resserre doucement et surtout, Yvan Raphanel a crée un atelier d’inoxier dans ses locaux de Nanterre afin de pouvoir personnaliser ses installations.

L’investissement requis était important et malheureusement, à ce moment précis, fin 1993, une banque, la BPC, lui a supprimé une autorisation de crédit de 120.000 €. La banque Hervet, banque d’Etat devient alors sa banque principale. Mais celle-ci traversait elle aussi des difficultés et affichait une perte de 1, 2 milliard de francs en 1993. Elle fait la sourde oreille aux demandes d’aide de l’entrepreneur, momentanément dans l’ornière. La banque ne veut pas accorder les 100 000 € de crédit nécessaires à Frega pour surmonter son endettement passager, du a ses marchés saisonniers. Au contraire, elle prélève des taux usuraires sur le découvert de la société de 1986 à 1994 en l’entrainant ainsi surement vers un gouffre financier sans même en informer son client. « La banque a préparé sa défense avec un nombre de pièces modifiées très nombreuses, explique Yvan Raphanel. Le directeur de l’agence avait conclu que la société Fréga, à terme, devait déposer son bilan. Aussi, il m’a fait signer le 11 août 1994 une nouvelle caution de 137 204 € et une autre de la même valeur à mon épouse le 19 août 1994, avant de clôturer mon compte le 24 août 1994. » L’installateur se souvient très bien de cette date qui coïncidait avec celle de son 50e anniversaire. Sa société, pourtant viable est en passe d’être liquidée et sa maison saisie.

Mais, après une courte période d’abattement total, Yvan Raphanel relève la tête et attaque sa banque en justice. Son entourage, sa femme, ses filles et son fils,son personnel et ses clients bien qu’au courant des difficultés,la banque de France en lui redonnant une bonne cotation au vu des marchés traités de grande qualité ainsi que des efforts consentis et la BTP Banque qui connaissant bien le fonctionnement des situations de travaux qui demandent pour leur traitement un délai lui accorda sa confiance, le soutient alors totalement. La famille serre les rangs et quelques amis comme Henri Faugeron sont aussi là pour l’épauler. Avec des trésors d’ingéniosité et de pugnacité, il va ainsi maintenir à flot sa société. Il se diversifie vers des chantiers de cuisine collective et grâce à sa souplesse d’indépendant, il obtient plusieurs gros contrats : Althom, l’Oréal, AGF, Malakoff Médéric, la mairie de Boulogne , les conseils généraux des Hauts-de-Seine et des Yvelines, la ville de Paris , l’université Descartes, la Préfecture des Hauts de Seine.

Il est présent sur tous les fronts. Il travaille quatorze heures par jours et, le soir venu, une autre journée commence. Devant son bureau, il relit inlassablement les manuels et les décisions de justice afin de préparer lui-même sa défense. Il s’est forgé au fil des années une connaissance des arcanes du droit qui laisse pantois les avocats. Lorsqu’il butte sur un problème, il s’adresse aux plus grands spécialistes. Il a ainsi noué des amitiés avec quelques uns des plus hauts magistrats de l’Etat qui, émus par le désarroi de cet entrepreneur, lui ont prodigué de précieux conseils, sans toutefois intervenir dans les procédures comme il semble que cela soit le cas à la lecture de l’actualité politique actuellement.

Le bout du tunnel.

Son combat judiciaire finit par attirer l’attention. Le 23 août 2001, le quotidien Libération (R.Lecadre) titrait « Le cuistot et le banquier à la cour de Versailles ». L’article dénonce les manquements de la justice trompés par les faux produits par la banque. Beaucoup d’autres articles suivront.(La Tribune , Entreprendre et Le revenu)

« Les cautions produites par la banque n’avaient même pas le nom du bénéficiaire et malgré cela, elle a pu prendre une hypothèque sur notre seul bien, notre maison », rappelle Yvan Raphanel. C’est d’ailleurs au motif qu’une caution sans bénéficiaire n’a pas de valeur, que la banque Hervet avait été condamnée par la Cour de Cassation. Malgré cela, la banque HSBC France (qui a absorbé la banque Hervet) refuse toujours d’exécuter sa condamnation contenue dans l’arrêt du 22 2 2001, à savoir le remboursement des intérêts perçus illicitement de 1986 à 1994. »

Depuis une dizaine d’années, Yvan Raphanel et sa famille voient la lumière croître au bout du tunnel. Mais ce patron conçoit toutefois une légitime amertume : « 20 ans pour reconnaître si un compte fonctionnait en ligne débitrice ou créditrice voilà l’équation que la justice, trompée par une banque, n’a pu résoudre à ce jour malgré les attestations de la banque de France affirmant que le compte fonctionnait en ligne débitrice ; ce qui a gâché la vie familiale et professionnelle. »

Aujourd’hui, à 69 ans, Yvan Raphanel a pris du recul. Il a confié son savoir à son fils qui en a réorienté l’activité vers des cuisines pour particuliers. Avant de céder les rênes il a toutefois réalisé des chantiers de cuisine prestigieux : Celui des Deux Magots, ceux des Japonais Hiroyuki Hiramatsu et Kei Kobayashi, mais aussi celui de Christophe Pelé qui a surpris son monde en décrochant 2* Michelin à la Bigarade en deux ans.

Il a désormais du temps à consacrer à ses enfants et petits enfants et peut, l’été venu, aller assister à quelques étapes du tour de France. Il garde de précieux contacts dans ce milieu et a ainsi été récemment coopté au bureau de l’Amicale du cyclisme dont le président est Jean Marie LEBLANC l’ancien directeur du Tour de France. Mais il reste toujours dans la course, lorsqu’il s’agit d’aller effectuer un parcours de reconnaissance à vélo, mais aussi sur le plan professionnel. Il continue de développer des missions de conseil dans la restauration commerciale. Il s’est ainsi forgé ces dernières années une réputation de pompier des cuisines. C’est lui qu’on appelle lorsqu’un chantier part à la dérive ou qu’une installation neuve s’avère inapte au fonctionnement. Avec Yvan Raphanel, il y a toujours une solution !

Jean-Michel Déhais

Source L’Auvergnat de Paris du 10 avril 2014.

Translate »
Marquee Powered By Know How Media.